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dimanche, octobre 22, 2006

la survie du plus apte

C'est une façon simple, simplifiée, simplifiée à outrance même, pour signifier ce qui favorise la survie de certains individus et la transmission de leurs gènes.

C'est tellement simplifié que les anti-darwinistes s'en servent parfois comme contre-argument pour s'attaquer à la théorie de l'évolution des espèces. Il est parfois nécessaire de passer outre les simplifications à visée éducative et d'expliquer en détail certains aspects de la question pour les pauvres d'esprit ou pour les fainéants du neurone qui ne se donnent pas le mal pour réfléchir un peu avant de sortir des grosses conneries.

De la part de ceux qui trouvent que le darwinisme est une invention du diable pour éprouver les croyants on ne peut pas s'attendre qu'ils fassent l'effort intellectuel nécessaire pour appliquer le couplet MA & SN de façon intelligente soit à leurs propres observations, soit à celles d'autres personnes. Ceci est d'autant plus vrai si les croyants en question il n'ont pas eu de l'entraînement en sciences suffisant pour qu'ils disposent d'une connaissance suffisante des méthodes à appliquer.

Ainsi, ce qui peut paraître superflu à mentionner à quelqu'un qui a pigé comment ça marche peut être important à mentionner à des buts éducatifs, non pas obligatoirement à l'attention des croyants, mais au moins pour ceux qui veulent aborder le sujet sans se restreindre à des idées préconçues1.

La majorité des gens s'arrêtent à l'aléatoire que représentent les mutations au niveau du génome, de l'ADN. Peu se rendent compte du caractère aléatoire de la SN :-) Et encore plus nombreux sont ceux qui oublient qu'ils abordent un domaine ou les individus ne doivent pas être isolées et que le raisonnement en termes statistiques rend mieux compte de la réalité.

Le terme "sélection naturelle" n'est pas le meilleur choix qui a été fait pour signifier l'adéquation entre certains individus et les conditions environnantes qui les favorisent en termes de survie et de reproduction. Il y a des relents de choix faits par la nature dans "sélection naturelle" et si on n'a pas les idées claires il est très facile de glisser vers un raisonnement téléologique. Je préfère et de loin réfléchir en termes de "compatibilité écologique temporaire", compatibilité avec l'écosystème, durant le laps de temps entre la naissance des individus et leur reproduction. Compatibilité pour clairement signifier qu'il s'agit d'une interaction entre les individus et le milieu sur la base des lois physico-chimiques, écologique pour signifier que le dit milieu est l'écosystème auquel ils appartiennent/participent et temporaire pour indiquer que cette compatibilité est restreinte dans le temps, puisque le milieu varie lui-même.
Je ne pense pas que papy Darwin serait en désaccord avec cette formulation.

Même en reformulant SN par CET on laisse de côté les petits accidents individuels qui peuvent avoir des conséquences. Imaginez la graine au patrimoine génétique parfaitement adapté à l'écosystème et à son évolution durant les n prochaines années, que rien ne distingue extérieurement (phénotypiquement) des autres graines, et le petit moineau qui vient la picorer parce qu'il avait un petit creux:-) Rien ici ne concerne l'aptitude de la graine à survivre si on la compare aux autres graines, la survie du plus apte se transforme à la survie du plus apte qui a eu l'opportunité de démontrer son aptitude.

Oublier de considérer la SN pour ce qu'elle est , en abordant un problème d'évolution biologique, peut facilement conduire à des conclusions fantaisistes.

1. Les idées reçues d'autres et que l'on ne comprend pas sont probablement les plus dangereuses; plus un interlocuteur est habitué à citer les autres plutôt que de donner son propre avis, plus il faut le soupçonner de ne pas avoir un avis personnelle, produit par lui-même.

samedi, octobre 14, 2006

pasta

Revenons aux pâtes-alphabet. Elles me sont chères parce que c'est avec elles que j'ai fait mes premières expérience relatives au hasard. J'ai glissé une observation "Vous en trouverez de toutes les langues que vous connaissez."

Evidement, le hasard ne parle aucune langue !

Ce n'est pas une observation anodine, malgré sa simplicité. Elle signifie que la nature des mots obtenus n'est pas entièrement prédéterminée, mais qu'elle dépend en partie des capacités de l'observateur. Un mot suédois a beau avoir été formé par le hasard, si vous ne parlez pas suédois vous ne vous en rendrez pas compte. Si j'ai restreint le pouvoir du hasard en utilisant "pas entièrement prédéterminés" c'est que cette série d'expériences est fortement influencé par le type de matière utilisée. En fait, j'expérimentais au début avec des pâtes-alphabet grecques ! Je trouvais que le nombre de mots français obtenus était particulièrement faible (d'autant plus que mon vocabulaire français était très limité à l'époque).

Je me suis demmerdé pour obtenir deux précieux paquets de pâtes-alphabet "français". Et j'ai continué à jouer avec, malgré l'angoisse de ma mère qui trouvait que c'était mauvais signe que je "jette les lettres", imaginant que j'allais finir comme les charlatans qui lisaient l'avenir dans le marc de café. Angoisse modérée par ma grand-mère qui trouvait que c'était là un signe certain de mon évolution vers le statut de "lettré". Mamie avait presque raison, je me suis procuré un vocabulaire anormalement riche pour mon âge, chaque mot potentiel étant immédiatement recherché dans le dictionnaire grec ou français.

Jusqu'au jour où j'ai fait une découverte fabuleuse : Il y avait le mot HELP formé devant mes yeux ébahis. Je connaissais le mot par l'album des Beatles. La sainte terreur que j'ai ressenti quand je me suis dit que "quelque chose" avait "détourné" mes pâtes- alphabet "français" pour me demander de l'aide en "anglais" ! "Quelque chose" m'avait "parlé" à travers mes pâtes alphabet "français" et ça me terrorisait. J'ai laissé en plan mes expériences, ce qui a soulagé ma mère.

Quelques jours plus tard mon père m'a demandé s'il pouvait débarrasser la table de son atelier qui me servait de laboratoire. Je lui ai crié un NON angoissé, craignant que son intervention ne soit punie par ce "quelque chose" qui m'avait "parlé". Je n'ai compris que beaucoup plus tard la chance que j'ai eu d'être le fils de mon père.

Nous avons discuté et j'ai fini par lui expliquer pourquoi il ne fallait pas toucher à cette table. Il a rigolé un bon coup, m'a expliqué que les alphabets français et anglais étaient les mêmes et qu'on disait alphabet latin et il est venu avec moi chercher d'autres mots anglais; il y en avait deux qu'on a trouvé rapidement et dont je m'en souvient, "on" et "no". Ca lui a coûté le prix d'un petit dictionnaire d'anglais.

Et ça m'a débarrassé définitivement de la crainte des "quelque chose" qui me "parlaient" et ça a ancré définitivement en moi l'idée que si je ne savais pas pourquoi une chose était arrivée je devais chercher le pourquoi et éviter d'inventer des fantômes pour la justifier.

Le dictionnaire anglais ne m'a servi que quelques jours, parce que peu à peu l'idée que des mots italiens, espagnols, bulgares etc. pourraient être là, devant mes yeux, sans que je les reconnaisse a fait son apparition. Notre nounou était mariée avec un turc (en Grèce !) et elle lisait le turc un peu; elle m'a aidé à "trouver" des mots turcs. J'étais loin de penser que je venais de "faire appel à l'expertise d'autrui". Puis ça a été mon cousin Jean qui a été mis à contribution etc.

Les pâtes-alphabet latin "parlaient" plus de langues que les pâtes-alphabet grec ! Elles pouvaient former des mots appartenant à des langues que je ne connaissais pas, que je ne pouvais pas identifier, mais qui pourtant étaient là. En tant qu'observateur j'étais limité par mon expérience. Mais je pouvais combler mes lacunes en m'assurant la collaboration des autres le temps que moi-même je parle plusieurs langues.

La nature de la matière agitée par le hasard détermine en partie le type des objets potentiellement observables, mais ne peut servir pour prédire ni la forme des objets, ni leur signification pour l'un ou l'autre des observateurs.

L'expérience de l'observateur détermine l'identifications des objets qui ont une "signification", elle leur donne même la signification ! "maman" et "μαμα" signifient la même chose avec deux formes différentes (français, grec), "nuit" une seule forme peut signifier deux chose différentes pour un francophone, "on", encore une fois une seule forme, des choses différentes pour un francophone et un anglophone !

Les formes ont la signification qu'on leur attribue en fonction de notre expérience. Tant que ces objets ne étaient pas confrontés à l'expérience d'un observateur ils n'étaient pas des mots, ils n'étaient que des pâtes qui traînaient sur une table.

Fascinant ce que le hasard pouvait faire sans le savoir.

faits du hasard

Le hasard fait des choses. Tout le temps. Et il est facile de les observer.

Souvent ça nous agace.

Mélangez la farine avec l'eau sans faire attention et vous aurez des grumeaux plein votre pâte à crêpes. Il faut être "technique" pour les éviter les grumeaux, ou dépenser de l'énergie pour les défaire.
Prenez des pâtes-alphabet (celles pour les potages pour enfants), étalez les au hasard sur la table de la cuisine, touillez un bon coup et cherchez les "mots" que le hasard a formés. Vous en trouverez de toutes les langues que vous connaissez. Les plus courts seront les plus fréquents et si par hasard vous avez obtenu "inconstitutionnellement" vous êtes en présence d'un événement rare, parce que peu probable. Mais si vous répétez l'étape "touiller" plusieurs fois vous finirez bien par l'observer cet adverbe, cet événement rare.

Ni les grumeaux, ni les mots ne sont des objets produits intentionnellement à partir de la "matière" utilisée, ce sont les produits du hasard.

Quelle que soit la probabilité d'obtenir un "objet" particulier, quand le hasard agite la "matière" qui permet de l'obtenir, il finira par apparaître sans que la moindre "intention" ou "intelligence" soit nécessaire.
C'est juste une question de nombre de fois que les événements qui permettraient d'aboutir à sa formation sont répétés. Si vous espérez obtenir le mot "hasard" en "touillant" vos pâtes-alphabet il faudra peut-être touiller plusieurs fois, observer et le cas échéant recommencer.

Si vous voulez "accélérer" le processus il vous faudra juste utiliser plusieurs paquets de pâtes et bien sûr une plus grande surface sur laquelle vous les étalez. Suite au sujet des pâtes

Une catégorie d'objets est particulière. Ce sont les catalyseurs. Des objets qui ont la propriété de favoriser la formation d'autres objets, ou d'eux mêmes, auquel cas on parle d'auto-catalyseurs.
Réfléchissons un peu à propos de ces auto-catalyseurs.

Dès que le premier est obtenu il va favoriser l'obtention d'objets semblables à lui-même. Il ne s'agit toujours pas d'une intention, juste d'une propriété, qui est apparue au hasard. Mais elle va aboutir à l'augmentation de la probabilité d'obtenir des "copies" de ce même objet.
Nous sommes en présence d'un début d'organisation du hasard qui produira une classe d'objets avec une fréquence accrue.
L'observateur non averti et non attentif, qui ignore les propriété auto-catalytiques des objets accumulés, est tenté d'y voir une intention, l'intervention d'une intelligence qui agi au dépends du hasard pour produire ses objets. Pour la nommer il y a le choix d'expression : intelligence de la nature, ou s'il veut être un peu plus pédant Intelligence de la Nature, Intelligent Designer, dieux ou Dieux, etc., ce qui traduit l'impression de la présence d'une intention. Mais ça n'est qu'une impression due à l'ignorance des propriétés des auto-catalyseurs.

Bien sûr la production au hasard d'autres objets n'est pas arrêtée quand notre auto-catalyseur est apparu. Je ne vais pas passer mon temps à écrire "notre auto-catalyseur", je vais l'appeler Nac dorénavant.
Des objets qui peuvent interagir avec Nac ont apparu et continueront à apparaître de temps en temps. Ils peuvent faire que Nac ne puisse plus catalyser la réaction qui permet d'obtenir des copies de lui-même, juste s'associer à Nac, ou même améliorer la propriété d'auto-catalyse du Nac. Mais ce sont là des phénomènes rares et il est peu probable que l'on puisse les observer. Parce que le nombre des "compagnons" de Nac est faible.

Sauf, si les compagnons de Nac (appelons les des co-Nac) sont eux mêmes des objets auto-catalytiques, ce qui ferait que leur occurrence serait plus probable.

Si le coNac inhibe le Nac il agit comme un pathogène et pourrait même faire disparaître le Nac ! Est-ce que ça lui profiterait au coNac ? Peut-être, s'il se sert de la même matière pour se reproduire que le Nac, auquel cas on parlerait même de prédateur.
Si le coNac améliore le propriété auto-catalytique du Nac il devient un allié. L'interaction Nac/coNac est une association qui favoriser sa propre propagation et stabilisera la présence des deux objets. Nous avons ici un début d'organisation du chaos de la matière, la présence d'un "organisme", composé de deux objets.
Aucune directive pour la produire, juste les faits du hasard la propriété d'auto-catalyse et d'interaction entre deux classes d'objets. Personne n'aurait l'idée de qualifier Nac/coNac de produit d'une intelligence qui aurait présidé à la formation de cet organisme. Enfin, si, il y a des personnes qui ignorant les propriété auto-catalytiques des deux objets et le fait qu'elle peuvent être le produit du hasard qui auraient tendance de se demander quoi/qui est responsable de l'apparition du "couple" Nac/coNac; ils pourraient même être fascinés par l'Intelligence qui les a produits.

Il y aura à un moment ou un autre un coNac qui sera bénéfique pour le Nac et qui pourra également tirer bénéfice pour lui même, c-a-d qu'il verra sa propre auto-catalyse amélioré par son association avec le Nac. Donnons lui un nouveau nom pour le distinguer : syncoNac, le "syn" devant nous rappeler qu'il y a un "plus" pour la coNac aussi. Si Nac et syncoNac étaient vivants on aurait parlé de symbiose et on les aurait qualifié de symbiotes. Et cette association, aux bénéfices mutuels est plus stable que la Nac/coNac. Si on ne savait pas que les Nac ne sont pas intelligents on pourrait penser qu'ils ont choisi les suncoNac, qu'ils les ont sélectionné intentionnellement parmi les les deux possibilités : coNac - suncoNac. Il y a bel et bien sélection, mais elle n'est pas intentionnelle, c'est encore une fois le produit du hasard. Si on était en train de parler "biologie" on aurait parlé de sélection naturelle, fruit du hasard.

Donc, au hasard, on peut observer l'apparition d'un organisme (Nac/suncoNac) qui sera persistent, se reproduira et colonisera peu à peu la matière, sans qu'il y ait un schéma directeur, ni une intention, ni une intelligence en action.

L'exemple impliquant Nac, coNac et syncoNac, malgré sa simplicité, montre trois comportements : parasitisme, coopération et antagonisme.

Nac est un parasite pour coNac, il en tire bénéfice sans lui en apporter.

Nac et syncoNac coopèrent, l'association est bénéfique pour les deux.
syncoNac est un antagoniste de coNac, pour l'occupation de la niche que constituent les Nac.
Les "organismes" Nac/coNac et Nac/syncoNac sont également des antagonistes; il y a transfert de la "relation" coNac vs syncoNac aux organismes qu'ils peuvent former en s'associant avec Nac.

La notion d'antagonisme est apparue parce qu'implicitement j'ai considéré que (a) les deux (coNac et syncoNac) se lient à Nac de la même façon, interagissant au même site de liaison, (b) que cette liaison était stable et (c) que syncoNac était neutre vis à vis de coNac.

Dès lors que coopération et antagonisme sont apparus, un autre élément a fait sont entrée, la sélection naturelle. Les propriétés de Nac/syncoNac font qu'il deviendra progressivement majoritaire par rapport à Nac/coNac sans qu'il y ait intervention externe, sans qu'il y ait choix quant à l'un ou de l'autre des deux "organismes".
L'ex-chaos va se peupler de ces deux types d'objets.